{"id":3592,"date":"2024-06-12T19:57:43","date_gmt":"2024-06-12T17:57:43","guid":{"rendered":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/panel\/les-contre-recits-africains-face-au-dilemme-de-lheritage-postcolonial\/"},"modified":"2024-08-09T19:07:18","modified_gmt":"2024-08-09T17:07:18","slug":"les-contre-recits-africains-face-au-dilemme-de-lheritage-postcolonial","status":"publish","type":"panel","link":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/panneaux\/les-contre-recits-africains-face-au-dilemme-de-lheritage-postcolonial\/","title":{"rendered":"47. Les contre-r\u00e9cits africains face au dilemme de l&#8217;h\u00e9ritage (post-)colonial"},"content":{"rendered":"\n<p>Les processus de d\u00e9colonisation qui ont eu lieu sur le continent africain \u00e0 partir de la seconde moiti\u00e9 du 20e si\u00e8cle, en plus d&#8217;impliquer l&#8217;autod\u00e9termination politique et \u00e9conomique des nouveaux \u00c9tats ind\u00e9pendants, ont entra\u00een\u00e9 le besoin id\u00e9ologique et \u00e9motionnel de cr\u00e9er de nouvelles identit\u00e9s et repr\u00e9sentations qui symboliseraient la lib\u00e9ration totale et compl\u00e8te des territoires des anciennes puissances coloniales. En bref, il s&#8217;agissait de compl\u00e9ter (et d&#8217;achever) la libert\u00e9 politique par une &#8220;d\u00e9colonisation de l&#8217;esprit&#8221; (Marschall 2008 : 347).<\/p>\n\n<p>Dans ce contexte, il y a eu un processus g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de suppression et de destruction de l&#8217;iconographie coloniale et son remplacement par de nouveaux \u00e9l\u00e9ments de repr\u00e9sentation et de revendication nationale. Ainsi, au fil des ind\u00e9pendances, les statues ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es, les rues, les villes et m\u00eame les pays ont \u00e9t\u00e9 rebaptis\u00e9s. Cependant, malgr\u00e9 leur association avec des souvenirs douloureux du r\u00e9gime pr\u00e9c\u00e9dent, certaines infrastructures et certains objets coloniaux \u00e9taient trop pr\u00e9cieux pour \u00eatre d\u00e9mantel\u00e9s. Ils ont ainsi \u00e9t\u00e9 r\u00e9appropri\u00e9s pour les besoins du nouvel ordre politique (Marschall 2008 : 351).<\/p>\n\n<p>La reconnaissance de cet h\u00e9ritage (post-)colonial suscite un int\u00e9r\u00eat croissant aujourd&#8217;hui, plus de 75 ans apr\u00e8s le d\u00e9but du processus de d\u00e9colonisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e en Afrique. Cependant, bien que la question commence \u00e0 \u00eatre abord\u00e9e consciemment par diff\u00e9rents \u00c9tats, les initiatives vont rarement au-del\u00e0 de la sph\u00e8re des intentions (Sinou 2005 : 17). Cela s&#8217;explique en grande partie par le fait qu&#8217;il est encore difficile aujourd&#8217;hui de reconna\u00eetre et d&#8217;exalter ces objets et b\u00e2timents qui ont longtemps repr\u00e9sent\u00e9 l&#8217;exploitation et l&#8217;oppression d&#8217;une puissance &#8220;\u00e9trang\u00e8re&#8221; sur un autre territoire. L&#8217;histoire des colons et les traces mat\u00e9rielles de leur pr\u00e9sence et de leur culture ne sont pas encore accept\u00e9es pacifiquement comme un patrimoine endog\u00e8ne \u00e0 conserver et \u00e0 pr\u00e9server. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, pour certains citoyens postcoloniaux, la sauvegarde de ce patrimoine constitue une forme de r\u00e9habilitation du colonialisme (Sinou 2005 : 14-15) ; un rappel brutal &#8220;de l&#8217;ancien ordre mondial fond\u00e9 sur la sup\u00e9riorit\u00e9 et la stratification humaine&#8221; (Ben-Hamouche 2020 : 58). C&#8217;est pourquoi leur conservation est consid\u00e9r\u00e9e comme inutile, car ils symbolisent une r\u00e9alit\u00e9 que l&#8217;on veut laisser derri\u00e8re soi (Carrilho 2010).<\/p>\n\n<p>A cette perception s&#8217;ajoute celle de l&#8217;externalit\u00e9 de cet h\u00e9ritage, souvent per\u00e7u comme celui des &#8220;autres&#8221;. Une croyance inculqu\u00e9e par la propagande coloniale elle-m\u00eame, qui a tellement insist\u00e9 pour faire comprendre aux communaut\u00e9s locales que ce qu&#8217;elles avaient construit l\u00e0 ne leur appartenait pas qu&#8217;aujourd&#8217;hui, les populations continuent de croire que ces objets appartiennent \u00e0 d&#8217;autres personnes qu&#8217;elles ne connaissent pas (Pwiti et Ndoro 1999 : 153).<\/p>\n\n<p>Dans ce cadre, la question pos\u00e9e ici est de savoir comment promouvoir la reconnaissance patrimoniale des biens dont la g\u00e9n\u00e9alogie est li\u00e9e aux processus d&#8217;occupation coloniale europ\u00e9enne en Afrique ? Une autre question cl\u00e9 se pose alors : comment le patrimoine (post)colonial africain s&#8217;int\u00e8gre-t-il dans ce que Laurajane Smith appelle le &#8220;discours d&#8217;autorit\u00e9 sur le patrimoine&#8221; qui a \u00e9t\u00e9 internationalis\u00e9 par les organisations du patrimoine mondial telles que l&#8217;UNESCO, l&#8217;ICCROM et l&#8217;ICOMOS ? Un discours qui, \u00e0 partir de l&#8217;id\u00e9e de l'&#8221;universel&#8221; et de l'&#8221;exceptionnel&#8221;, privil\u00e9gie les normes occidentales en se concentrant sur l&#8217;artistique et l&#8217;historique, le monumental et le tangible (Smith 2006).<\/p>\n\n<p>Comme cela a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 lors de la Rencontre africaine du patrimoine partag\u00e9, dans le cas du patrimoine b\u00e2ti du continent, ses valeurs artistiques et d&#8217;anciennet\u00e9 sont moins importantes que les significations sociales et culturelles qui s&#8217;expriment au-del\u00e0 de sa pr\u00e9sence physique et mat\u00e9rielle (Enders 2016 : 51). Cela s&#8217;explique par les processus intenses de n\u00e9gociation et de ren\u00e9gociation socioculturelle impliqu\u00e9s dans la transition du colonialisme \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance. Paradoxalement, comme le souligne Bernard Toulier, les anciennes populations &#8221; colonis\u00e9es &#8221; ont \u00e9t\u00e9 contraintes de s&#8217;approprier une culture &#8221; exog\u00e8ne &#8220;, celle des &#8221; colonisateurs &#8221; (Toulier 2005 : 23) et, ce faisant, ont adapt\u00e9, transform\u00e9 et \u00e9chang\u00e9 le contenu s\u00e9mantique de nombre de ces artefacts en fonction de l&#8217;\u00e9volution de leurs propres circonstances socioculturelles (Marschall 2008 : 350). C&#8217;est le cas, par exemple, de l&#8217;Hot\u00eal de Ville, aujourd&#8217;hui Hot\u00eal du District, \u00e0 Abidjan (C\u00f4te d&#8217;Ivoire), qui, de symbole de l&#8217;expansion de l&#8217;imp\u00e9rialisme colonial fran\u00e7ais, a chang\u00e9 de signification lorsqu&#8217;il a servi de d\u00e9cor \u00e0 la d\u00e9claration d&#8217;ind\u00e9pendance du pays en 1960 (Herz et al. 2015 : 310).<\/p>\n\n<p>Ainsi, l&#8217;identification du patrimoine culturel (post-)colonial sur le continent africain soul\u00e8ve deux questions fondamentales. Premi\u00e8rement, la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;une r\u00e9flexion th\u00e9orique globale sur le discours du patrimoine afin d&#8217;\u00e9largir les d\u00e9finitions form\u00e9es dans le monde occidental et de d\u00e9terminer les types de valeurs qui sont projet\u00e9es sur le patrimoine culturel africain ou, en d&#8217;autres termes, la n\u00e9cessit\u00e9 d'&#8221;africaniser&#8221; la notion de patrimoine culturel. D&#8217;autre part, l&#8217;int\u00e9r\u00eat de discuter du sentiment d&#8217;appartenance de cet h\u00e9ritage afin de d\u00e9limiter les m\u00e9canismes de gestion et de pr\u00e9servation les plus appropri\u00e9s \u00e0 ses sp\u00e9cificit\u00e9s. En r\u00e9sum\u00e9, la patrimonialisation des biens dont la g\u00e9n\u00e9alogie est li\u00e9e aux processus de colonisation &#8211; cet h\u00e9ritage inconfortable, ext\u00e9rieur et conflictuel &#8211; implique de r\u00e9pondre \u00e0 deux questions essentielles : qu&#8217;est ou que signifie ce patrimoine et \u00e0 qui appartient-il ?<\/p>\n\n<p>Sur la base de cette r\u00e9flexion, cette session vise \u00e0 discuter de nouvelles approches de l&#8217;h\u00e9ritage (post)colonial de l&#8217;Afrique. L&#8217;objectif est de r\u00e9v\u00e9ler des alternatives d\u00e9coloniales au &#8220;discours autoritaire sur le patrimoine&#8221; par le biais de valeurs et de r\u00e9cits sp\u00e9cifiques au contexte socioculturel africain et en se concentrant sur de nouveaux acteurs, \u00e9pist\u00e9mologies, r\u00e9cits et ph\u00e9nom\u00e9nologies. Dans ce cadre, les contributions qui remettent en question le caract\u00e8re universel du patrimoine et ses qualit\u00e9s mat\u00e9rielles intrins\u00e8ques sont particuli\u00e8rement bienvenues et abordent, entre autres, les sujets suivants :<\/p>\n\n<p>&#8211; Nouvelles approches conceptuelles et m\u00e9thodologiques de l&#8217;\u00e9tude du patrimoine culturel (post)colonial en Afrique subsaharienne, remettant en question la domination des paradigmes occidentaux dans les pratiques et politiques internationales et locales en mati\u00e8re de patrimoine.<br\/>&#8211; Le r\u00f4le du patrimoine culturel (post-)colonial dans le d\u00e9veloppement durable et \u00e9quitable du continent africain, en mettant en \u00e9vidence les initiatives et les projets visant \u00e0 promouvoir le d\u00e9veloppement durable par le biais de la culture et du patrimoine et gr\u00e2ce \u00e0 la participation des communaut\u00e9s locales.<br\/>&#8211; Les significations renouvel\u00e9es des objets, des b\u00e2timents et des sites li\u00e9s aux processus de colonisation europ\u00e9enne sur le continent africain, en mettant en lumi\u00e8re les m\u00e9moires et les t\u00e9moignages forg\u00e9s par les populations et les groupes locaux et leurs exp\u00e9riences quotidiennes.<br\/>&#8211; D&#8217;autres mani\u00e8res de pr\u00e9senter et de pr\u00e9server le patrimoine (post-)colonial africain au sein des communaut\u00e9s locales et des institutions culturelles, y compris la r\u00e9cup\u00e9ration des exp\u00e9riences traditionnelles de pr\u00e9servation et de transmission et l&#8217;imbrication avec les pratiques artistiques contemporaines.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un discours h\u00e9g\u00e9monique qui privil\u00e9gie les normes occidentales en se concentrant sur l&#8217;artistique et l&#8217;historique, le monumental et le tangible, ce que Laurajane Smith (2006) appelle le &#8220;discours d&#8217;autorit\u00e9 sur le patrimoine&#8221;, pr\u00e9vaut encore dans les pratiques et les politiques actuelles en mati\u00e8re de patrimoine. Ce discours est insuffisant pour aborder la reconnaissance patrimoniale des biens culturels dont la g\u00e9n\u00e9alogie est li\u00e9e aux processus d&#8217;occupation coloniale europ\u00e9enne en Afrique. En particulier, parce que ce patrimoine comporte la complexit\u00e9 d&#8217;\u00eatre per\u00e7u par les populations locales comme ext\u00e9rieur et appartenant &#8220;aux autres&#8221; et difficilement assum\u00e9 comme un patrimoine endog\u00e8ne \u00e0 conserver et \u00e0 pr\u00e9server. Cette session vise \u00e0 discuter de nouvelles approches de la reconnaissance du patrimoine culturel (post)colonial de l&#8217;Afrique. \u00c0 cette fin, deux questions cl\u00e9s sont pos\u00e9es : qu&#8217;est ou que signifie ce patrimoine et \u00e0 qui appartient-il ? L&#8217;objectif est de r\u00e9v\u00e9ler des alternatives d\u00e9coloniales au &#8220;discours autoritaire sur le patrimoine&#8221; par le biais de valeurs et de r\u00e9cits sp\u00e9cifiques au contexte socioculturel africain et en se concentrant sur de nouveaux acteurs, \u00e9pist\u00e9mologies, r\u00e9cits et ph\u00e9nom\u00e9nologies. Dans ce cadre, la session discutera de nouvelles approches conceptuelles et m\u00e9thodologiques de l&#8217;\u00e9tude de l&#8217;h\u00e9ritage culturel (post-)colonial en Afrique subsaharienne, du r\u00f4le de cet h\u00e9ritage pour le d\u00e9veloppement durable du continent africain, de ses nouvelles significations pour les populations locales et de leurs exp\u00e9riences quotidiennes, et de la mani\u00e8re de le pr\u00e9senter et de le pr\u00e9server au sein des communaut\u00e9s et des institutions culturelles.<\/p>\n","protected":false},"author":403,"featured_media":0,"template":"","congreso":[],"class_list":["post-3592","panel","type-panel","status-publish","hentry"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/panel\/3592","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/panel"}],"about":[{"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/panel"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/403"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/panel\/3592\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5796,"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/panel\/3592\/revisions\/5796"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3592"}],"wp:term":[{"taxonomy":"congreso","embeddable":true,"href":"https:\/\/redestudiosafricanos.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/congreso?post=3592"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}